un danger urticant pour la santé et la biodiversité
Les chenilles processionnaires, reconnaissables à leur déplacement caractéristique en longue file indienne, constituent aujourd’hui un risque sanitaire avéré pour l’homme et les animaux domestiques, ainsi qu’un facteur de déséquilibre écologique pour les forêts françaises.
Leur aire de répartition s’étend progressivement en France, notamment en raison du réchauffement climatique, ce qui impose une vigilance accrue et une bonne connaissance des dangers associés à leur présence.
Biologie et cycle de vie : deux espèces distinctes
Les chenilles processionnaires sont les larves de papillons de nuit appartenant à la famille des Notodontidae. En France, deux espèces principales sont concernées, avec des cycles biologiques différents.
La processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa)
- Espèce la plus répandue en France
- Cycle automne → printemps
- Les œufs éclosent en fin d’été
- Les chenilles se développent dans des nids soyeux visibles dans les pins, cèdres ou parfois sapins
- Au printemps (généralement entre février et avril selon les régions), les chenilles quittent l’arbre en procession pour s’enfouir dans le sol, où elles se transforment en chrysalides avant l’émergence du papillon adulte en été

La processionnaire du chêne (Thaumetopoea processionea)
- Cycle printanier et estival
- Présente principalement sur les chênes
- Les chenilles restent sur l’arbre durant tout leur développement
- Les nids sont plus discrets, souvent situés sur les troncs ou les grosses branches
- Les poils urticants persistent longtemps dans l’environnement, même après la disparition des chenilles

Les risques pour la santé humaine et animale
Le principal danger est lié aux poils urticants microscopiques (appelés soies urticantes), présents à partir du troisième stade larvaire.
Caractéristiques des poils urticants
- Contiennent une protéine toxique appelée thaumétopoéine
- Très légers et cassants
- Peuvent être transportés par le vent sur plusieurs dizaines de mètres
- Restent actifs plusieurs mois, voire plusieurs années, dans l’environnement (sol, végétation, nids abandonnés)
Chez l’homme
Les symptômes varient selon la sensibilité individuelle et le niveau d’exposition :
- Dermatites urticantes avec rougeurs, démangeaisons intenses et plaques
- Conjonctivites, inflammations oculaires
- Irritations des voies respiratoires (toux, gêne respiratoire)
- Plus rarement : réactions allergiques sévères, œdèmes, voire troubles respiratoires nécessitant une prise en charge médicale
Chez les animaux domestiques
Les chiens sont particulièrement exposés lors de promenades :
- Contact fréquent par léchage ou morsure
- Atteinte de la langue, des babines ou de la truffe
- Risque de nécrose tissulaire, de salivation excessive, de difficultés respiratoires
- Le pronostic vital peut être engagé sans prise en charge rapide
Toute suspicion de contact nécessite une consultation vétérinaire immédiate.

Comment se protéger et réagir ?
La prévention reste le moyen le plus efficace de limiter les risques.
Mesures de prévention
- Ne jamais toucher les chenilles, les nids (même anciens) ou les arbres infestés
- Éviter les zones à risque lors des périodes de procession
- Porter des vêtements couvrants lors des promenades en zones boisées
- Ne pas se frotter le visage ou les yeux après une exposition possible
- Laver soigneusement les fruits, légumes et surfaces extérieures
- Éviter de faire sécher le linge à proximité d’arbres infestés
En cas d’exposition
- Se doucher immédiatement et changer de vêtements
- Consulter un médecin en cas de symptômes persistants
- Contacter un centre antipoison si nécessaire
- Appeler le 15 en cas de détresse respiratoire
Pour les animaux :
- Ne pas manipuler la gueule ou la langue
- Consulter un vétérinaire en urgence
Moyens de lutte : une gestion encadrée et collective
Il n’existe pas de solution unique permettant d’éliminer durablement les chenilles processionnaires.
La lutte repose sur une combinaison de méthodes, adaptées à la situation et à la période de l’année.
Lutte mécanique
- Échenillage (coupe des nids)
- Méthode efficace mais dangereuse
- Réservée aux professionnels équipés de protections adaptées
Lutte biologique
- Utilisation de Bacillus thuringiensis
- Bactérie spécifique des larves de lépidoptères
- Traitement préventif appliqué sur le feuillage
- Méthode ciblée et respectueuse de l’environnement
Piégeage
- Écopièges installés sur les troncs
- Capturent les chenilles lors de leur descente au sol
- Réduction significative de la population locale
Favoriser les prédateurs naturels
- Installation de nichoirs à mésanges
- Préservation des chauves-souris
- Contribution à une régulation naturelle des populations



Les chenilles processionnaires représentent un enjeu sanitaire, environnemental et écologique réel. Leur gestion nécessite une information claire, des gestes de prévention adaptés et des interventions professionnelles encadrées.
Face à leur progression sur le territoire, la vigilance collective reste indispensable.

